Le rôle des moustiques dans la propagation des maladies par Albert Dastre

Le rôle des moustiques dans la propagation des maladies

Titre de livre: Le rôle des moustiques dans la propagation des maladies

Auteur: Albert Dastre


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Albert Dastre avec Le rôle des moustiques dans la propagation des maladies

Extrait du livre :

Cousins, moustiques, mosquitos ou maringouins sont les noms employés dans le langage courant pour désigner ces insectes, très semblables, qui ont tous un air de famille, et qui forment, en effet, pour les entomologistes, dans l’ordre des diptères, la famille assez homogène des Culicidés. Ce sont des insectes grêles, de petite taille, dont les larves et les nymphes vivent dans les eaux stagnantes et dont beaucoup d’espèces, à l’état adulte, se font redouter par leurs habitudes sanguinaires. Tous sont munis d’une trompe rigide, cornée, longue comme la moitié du corps, ou davantage. La plupart sont crépusculaires ou nocturnes, se tenant cachés pendant le jour dans tous les abris qu’ils peuvent trouver, ravins, fossés, grottes, haies, feuillage, granges, étables, écuries, caves, appartenions, tentures ou meubles. Les cales de navires sont très propres à leur pullulation. Leur trompe est une sorte de gaine faite de l’emboîtement de deux gouttières à l’intérieur sont logées cinq longues aiguilles extraordinairement effilées, provenant de l’allongement des pièces buccales ordinaires des insectes. La finesse de cet instrument permet au moustique de percer, sans résistance, la peau et les téguments des êtres vivans et d’aspirer le sang et la lymphe des animaux ou les sucs des plantes. Pourquoi faut-il qu’en même temps cette trompe instille dans la plaie une infime quantité d’une salive extrêmement cuisante et, avec elle, les germes de la maladie infectieuse ? C’est là une disposition sans raison d’être et sans utilité pour le moustique, et comme une aberration d’une loi naturelle. Les animaux qui, en effet, s’attaquent aux proies vivantes versent souvent dans la blessure un venin capable d’engourdir leur victime ou de la tuer. Dans le cas présent, l’instillation du venin est purement malfaisante, sans profit.

On connaît environ deux cent cinquante espèces de Culicidés. Les naturalistes les répartissent en douze genres, dont deux sont particulièrement intéressants à notre point de vue : ce sont les cousins ordinaires ou Culex et les Anophèles. Le public les confond, mais les naturalistes les distinguent. De même, toutes les espèces d’Anophèles (on en compte vingt-huit) n’ont pas une égale importance pour notre objet : il n’y en a que sept où l’on ait trouvé l’hématozoaire du paludisme[1], au moins jusqu’à présent.

Les Culex sont beaucoup plus nombreux : on en connaît 172 espèces : le plus commun est le cousin ordinaire, C. pipiens. La plupart, au moins dans nos climats, sont considérés comme inoffensifs. Jusqu’ici, tout au moins, on n’a mis à leur compte la propagation d’aucune maladie. Il n’en est pas de même dans les pays chauds. C’est un cousin, C. ciliavis, qui propage la grave affection connue maintenant sous le nom de filariose, et qui n’est autre que la fièvre hématurique ou hémato-chylurique des Asiatiques et des Australiens et l’éléphantiasis des Arabes. C’est à un autre cousin, C. fasciatus, que l’on attribue, depuis les récentes expériences de MM. Reed, Jas, Carroli et Agramonte, la transmission de la fièvre jaune ou vomito negro, qui ravage les contrées littorales d’une partie de l’Afrique et de l’Amérique… Enfin, l’on soupçonne un Culex, d’espèce indéterminée, d’être l’agent de contamination de la lèpre.

Quant à l’extension géographique des moustiques, elle est très considérable. On en trouve dans les cinq parties du monde. Si l’Europe n’en héberge que trois genres, les Culex, les Anophèles et les Aëdes, en revanche les espèces y sont assez nombreuses : on y compte vingt-cinq espèces de Culex, quatre d’Anophèles et deux d’Aèdes. La situation est à peu près la même pour l’Asie et l’Afrique. L’Amérique et l’Océanie sont plus riches.

Il importe de remarquer que, si les moustiques se développent avec une abondance incroyable dans les climats chauds, ils ne font pas entièrement défaut dans les zones froides. On en rencontre jusque dans le cercle polaire.